En bref : Les marchés font fi d'un choc pétrolier majeur et s'envolent grâce à l'IA. Notre analyse : neutralité active sur les actions, surpondération des métaux et des obligations « investment grade » libellées en euros, prise de bénéfices sur les valeurs technologiques — et vigilance accrue vis-à-vis de la dette qui finance actuellement l'essor de l'IA.
Notre résumé en une page
La note d’orientation stratégique de BNP Paribas Wealth Management de juin 2026 décrit un paradoxe que nous partageons : près de 14% de la production mondiale de pétrole a été interrompue depuis début mars, alors que l’indice MSCI All Country World a progressé de 6% en trois mois, avec notamment un rebond de 14% par rapport à son plus bas niveau atteint fin mars [1]. Alors que la note se limite à ce constat, nous ajoutons la pièce manquante du puzzle : ce cycle est de plus en plus financé par l’endettement, et c’est là que résident les rendements et les risques futurs. Notre rôle chez Neumarz n’est pas de relayer le point de vue d’une banque, mais de le confronter aux réalités du marché et d’en tirer des décisions d’allocation.
Ce que nous en retenons, de notre point de vue :
- L'IA tire les indices vers le haut, mais la concentration et l'effet de levier n'ont jamais été aussi élevés : il s'agit d'un marché haussier à surveiller, et non à subir.
- La crise du détroit d'Ormuz reste un risque de stagflation sous-estimé : nous conservons une position neutre sur les actions et renforçons notre convexité.
- Les métaux (cuivre, aluminium, or) constituent la conviction la plus étayée par des sources indépendantes.
- La divergence entre la BCE/BoE et la Fed est modérément favorable à l'euro ; les obligations européennes notées « investment grade » offrent le meilleur point d'entrée.
- En ce qui concerne les valeurs technologiques et les marchés émergents, nous réalisons des prises de bénéfices partielles — par discipline, et non par conviction baissière.
L'IA fait grimper les indices, mais elle est désormais financée par l'endettement
La saison des résultats du premier trimestre a été solide aux États-Unis, portée par l’essor des investissements dans l’IA [1]. Le Nasdaq 100 a progressé de 21% depuis le début de l’année, et le secteur des semi-conducteurs a enregistré une hausse de 66% depuis la fin de l’année 2025. Les résultats s'inscrivent dans cette tendance : les prévisions pour l'indice S&P 500 en 2026 ont été revues à la hausse de 8,5%, ce qui correspond à une croissance attendue du BPA (bénéfice par action) de 16% [1].
Évolution des marchés depuis le 1er janvier 2026

La preuve par la dette : ce que l'article ne dit pas assez clairement
C'est la structure de financement qui révèle la réalité. Les entreprises technologiques américaines ont levé $159 milliards sur le marché obligataire cette année [1]. Plus important encore, une rectification factuelle s'impose concernant un point qui a été rapidement repris : la levée de fonds de $80 milliards annoncée par Alphabet (Google) début juin 2026 correspond à une émission d'actions, et non une émission obligataire — depuis portée à $84,75 milliards, dont $10 milliards souscrits par Berkshire Hathaway — destinée à financer des dépenses d’investissement estimées pour 2026 entre $180 et $190 milliards [2]. Au niveau sectoriel, Alphabet, Microsoft, Amazon et Meta devraient consacrer près de $800 milliards à l’IA en 2026 [3].
Notre valeur ajoutée réside dans les signaux que nous recoupons en temps réel, ce qui confirme la tendance à l'effet de levier :
- Amazon a obtenu un prêt à terme de $17,5 milliards pour financer son infrastructure d'IA, ce qui porte sa dette à plus de $225 milliards [6].
- Cipher Digital a levé $810 millions grâce à des obligations à haut rendement (obligations « junk ») afin de mener à bien la construction d’un centre de données loué à Amazon au Texas [7] — une IA financée par du crédit spéculatif, au niveau des actifs.
- Une vague d'introductions en bourse estimée à $3,6 billions (SpaceX, OpenAI, etc.) se profile, ce qui constitue un signe classique de la fin d'un cycle [8].
Conclusion de Neumarz : L'IA n'est plus financée uniquement par des excédents de trésorerie et devient un actif à effet de levier, sensible au coût du capital. Nous considérons le crédit technologique comme une exposition à part entière, distincte du volet actions, et nous diversifions notre exposition à l’IA au-delà des semi-conducteurs — équipements électriques, réseaux, construction — afin de tirer parti de cette thèse sans subir de concentration (l’indice PMI manufacturier ISM de mai, à 54,0, confirme cette diffusion dans l’économie réelle) [1].
Le choc pétrolier du détroit d'Ormuz : un risque de stagflation sous-estimé
Au 5 juin, aucun accord n'avait été conclu entre les États-Unis et l'Iran, et le détroit d'Ormuz restait fermé [1]. Cette fermeture prive les importateurs d'environ 10 millions de barils par jour, soit près de 10% de la demande quotidienne ; les réserves stratégiques (États-Unis, Chine, Japon) compensent ce déficit, mais devraient atteindre des niveaux critiques d'ici la fin du mois de juin si le détroit ne rouvre pas. Le Brent au comptant s'est maintenu au-dessus de $90 ($93 le 29 mai), le “ dated cash ” s'élevant à $115 [1].
L'inflation gagne du terrain : aux États-Unis, le prix du diesel est passé de $3,70 à $5,60 par gallon, l'IPC (indice des prix à la consommation) sous-jacent s'établit à 3,8%, et les prix à la production hors énergie (IPP) s’établissent à 5,2%, tandis que la zone euro reste à 2,2% [1]. Notre analyse : il s’agit d’un risque de stagflation partielle, le scénario le plus inconfortable pour les banques centrales. Nous restons neutres sur les actions — neutralité active : maintenir l’exposition mais renforcer la convexité (couvertures, valeurs refuges, liquidité) et privilégier les entreprises disposant d’un réel pouvoir de fixation des prix. Au niveau régional : sous-pondération de la zone euro, position neutre sur les États-Unis, le Japon et les marchés émergents, avec une préférence pour les exportateurs de pétrole (Amérique latine).
Les métaux : notre conviction la plus solidement étayée
La demande dans les secteurs de la technologie et de la défense, conjuguée aux perturbations dans la région du Golfe, soutient les cours de l'aluminium et du cuivre, qui avoisinent leurs plus hauts niveaux annuels [1]. C'est la conviction la plus clairement validée par des sources indépendantes, ce qui en fait notre surpondération privilégiée :
- S&P Global prévoit un déficit structurel de l'offre de cuivre, alimenté par l'intelligence artificielle, les centres de données et le secteur de la défense [4].
- En ce qui concerne les prix, J.P. Morgan table sur un cours du cuivre avoisinant les $12 500 par tonne au deuxième trimestre 2026, tandis que Bank of America prévoit un cours de l'aluminium proche de $3 000 par tonne au quatrième trimestre, ce qui correspond à une offre restreinte.
- Pour l'or, l'avis reste « positif » (objectif relevé à $5 500 par once, et à $90 pour l'argent) [1] ; un record de $5 589 a été atteint le 28 janvier 2026, et J.P. Morgan prévoit que l'or se rapprochera de $6 000 d'ici la fin de l'année 2026 [5].
Nous privilégions les sociétés minières européennes diversifiées (exposition au thème, combinée à des dividendes et à une discipline financière plus stricte que lors du cycle précédent) et considérons l'or comme une assurance macroéconomique structurelle, et non comme un pari directionnel.
Taux et devises : l'euro et le crédit IG comme point d'entrée
Les tensions liées à l'énergie devraient pousser la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre à relever leurs taux une fois cette année, tandis que nous tablons sur une stabilité des taux des fonds fédéraux — une configuration modérément favorable à l'euro (objectif EUR/USD à 12 mois à 1,20, contre 1,1661 le 29 mai) [1]. Les rendements à 10 ans ont augmenté : 4,51 TP3T aux États-Unis, 3,01 TP3T dans la zone euro, 2,71 TP3T au Japon, les gilts britanniques ayant frôlé les 5,21 TP3T avant de reculer à 4,91 TP3T dans un contexte de risque politique [1].
Rendements des obligations d'État à 10 ans (29 mai 2026)

La hausse des taux pèse sur les valorisations, en particulier celles des titres américains. Notre positionnement : positif sur les obligations souveraines « core » de la zone euro (7 à 10 ans), neutre sur les bons du Trésor américain (environ 5 ans). Surtout, la hausse des rendements a rouvert une opportunité d’entrée sur les obligations de qualité « investment grade » (IG) — 3,61 TP3T en Europe, 5,21 TP3T aux États-Unis [1] : nous privilégions le crédit « Investment Grade » libellé en euros et en livres sterling (position positive) par rapport au dollar (position neutre), en mettant l’accent sur la qualité. Le crédit « High Yield », en revanche, reste en retrait : les spreads sont proches de leurs plus bas niveaux et offrent une rémunération insuffisante.
Semi-conducteurs : les répercussions de la bulle Internet imposent une certaine discipline
La flambée des valeurs du secteur des semi-conducteurs en avril-mai et de l’indice coréen KOSPI rappelle le phénomène de “ peur de passer à côté ” (FOMO) observé lors de la bulle de 2000 [1]. En Corée du Sud, les investisseurs de la génération Z recourent massivement à l’effet de levier — un comportement typique en fin de cycle. La concentration est extrême : la Corée du Sud et Taïwan représentent près de 47% de l’indice MSCI Emerging Markets, et le secteur technologique 41% [1]. Pour mémoire, le S&P 500 a chuté de 19% en avril 2025 (“ Jour de la Libération ”), et après 2000, il a fallu 17 ans au Nasdaq 100 pour se redresser — et près de 26 ans à Cisco.
Notre décision ne repose pas sur une conviction baissière, mais sur une gestion rigoureuse des risques : nous procédons à une prise de bénéfices partielle sur nos surpondérations aux États-Unis, dans les marchés émergents et dans le secteur technologique, afin de réaffecter ces liquidités vers des segments solides (métaux, crédit « investment grade », obligations souveraines de premier rang, or).
Nos convictions — Synthèse de Neumarz (juin 2026)
Le tableau ci-dessous résume notre positionnement, établi à partir de la note de BNP Paribas [1] et recoupé avec nos sources de marché.
| Catégorie d'actifs | Condamnation de Neumarz | Objectif sur 12 mois |
|---|---|---|
| Actions (mondiales) | Neutre (actif) | - |
| Actions de la zone euro | Insuffisance pondérale | - |
| Actions américaines et japonaises | Neutre | - |
| Actions des marchés émergents | Neutre — préférence : Amérique latine | - |
| Obligations d'État des pays clés de la zone euro (7 à 10 ans) | Positif | Lot 2.75% |
| Obligations du Trésor américain (environ 5 ans) | Neutre | Obligation américaine à 10 ans 4,25% |
| Crédit IG € / £ | Positif (notre préféré) | - |
| IG Credit $ | Neutre | - |
| Rendement élevé | À éviter | - |
| Pétrole (Brent) | Négatif | 70 à 80 USD |
| Or / Argent | Positif | 5 500 / 90 USD l'once |
| Métaux industriels (cuivre, aluminium, étain) | Positif (forte conviction) | cuivre ~12 500 USD/t |
| EUR/USD | Constructif | 1.20 |
Ce que cela change en fonction de votre profil
- Préservation du capital : prendre en compte le point d'entrée du crédit IG en euros et en livres sterling, renforcer l'or et la liquidité, limiter la pondération de la technologie au sein de l'indice.
- Profil équilibré : position neutre sur les actions, surpondération des métaux industriels et des sociétés minières européennes, couverture partielle du pétrole et du dollar.
- Profil de croissance : Conserver les positions dans l'IA mais les diversifier au-delà des semi-conducteurs ; réaliser des prises de bénéfices partielles sur les surpondérations dans les technologies et les marchés émergents ; réinvestir dans des valeurs solides.
Références
[1] BNP Paribas Wealth Management. “ Orientations stratégiques – juin 2026 ”. Note d’orientation (scénario stratégique prospectif). https://note-strategique.bnpparibas.net/note-orientations-strategiques/de1ecec19144/5520 [2] CNBC. “ Alphabet va lever $80 milliards grâce à la vente d'actions pour financer le développement de l'IA ” (1er juin 2026). https://www.cnbc.com/2026/06/01/alphabet-to-raise-80-billion-from-stock-sales-to-fund-ai-buildout.html [3] Al Jazeera. “ Alphabet, la société mère de Google, va vendre $80 milliards d'actions pour financer ses projets d'IA ” (2 juin 2026). https://www.aljazeera.com/economy/2026/6/2/google-parent-alphabet-to-sell-80bn-in-stock-to-fund-ai-plans [4] S&P Global. “ Le ‘déficit important’ de l’offre de cuivre s’aggrave… ” (8 janvier 2026). https://press.spglobal.com/2026-01-08-Substantial-Shortfall-in-Copper-Supply-Widens-as-the-Race-for-AI-and-Growing-Defense-Spending-Add-to-Accelerating-Demand,-New-S-P-Global-Study-Finds [5] J.P. Morgan Global Research. “ Prévisions concernant le cours de l'or pour 2026 et 2027 ”. https://www.jpmorgan.com/insights/global-research/commodities/gold-prices [6] The Next Web. “ Amazon obtient un prêt de $17,5 milliards dans le cadre de ses investissements dans l'IA ”. https://thenextweb.com/news/amazon-17-5-billion-loan-citigroup-ai-spending [7] The Next Web. “ Cipher Digital obtient un emprunt obligataire à haut risque de $810M pour un centre de données au Texas loué par Amazon ”. https://thenextweb.com/news/cipher-digital-810m-junk-bond-amazon-data-center-texas [8] The Next Web. “ BNP Paribas s'exprime sur la vague des méga-introductions en bourse aux États-Unis ($3,6 tn) et sur le secteur technologique européen ”. https://thenextweb.com/news/bnp-paribas-us-mega-ipos-europe-tech-dealsAnalyse de Neumarz à titre informatif, fondée sur des sources publiques ; elle ne constitue pas un conseil en investissement. Les marchés financiers n'offrent aucune garantie de rendement et présentent un risque de perte partielle ou totale du capital.